Prix immo : reprise fragile ou faux départ ?

Le marché reprend, mais il tousse encore

On voit revenir des acheteurs, on sent moins de peur au moment de faire une offre. Pourtant, parler de “retour à la normale” reste prématuré. Les Notaires décrivent un marché en “convalescence”, avec une reprise “fragile et heurtée”.

Ce décalage vient d’un truc simple : les conditions s’améliorent, mais tout le monde ne suit pas. Le crédit s’est détendu, les vendeurs ont corrigé certains excès, et l’envie de bouger n’a jamais disparu. Pourtant, l’économie reste nerveuse, et le budget logement demeure serré. Résultat, le marché avance, puis ralentit, puis repart. L’important, c’est de lire les signaux au bon endroit. Les prix seuls ne racontent pas l’histoire. Les volumes, les délais et les écarts entre zones parlent beaucoup plus.

Volumes : la boussole la plus fiable

Le marché a retrouvé de l’air quand les transactions ont cessé de plonger. Fin août 2025, les ventes de logements anciens sur douze mois atteignent 916 000, en hausse sur un an.

Ce chiffre compte plus qu’un “+0,3%” sur un trimestre. Quand les actes signés remontent, le marché redevient liquide. Les Notaires notent une évolution annuelle redevenue positive depuis mars 2025, autour de +10%.

La FNAIM confirme ce scénario de redémarrage, mais sous conditions. Fin avril 2025, elle observe une hausse des ventes sur un an et projette un niveau plus élevé sur 2025. Un point reste clé : la reprise des volumes ne signifie pas “prix qui explosent”. Elle signifie surtout “rencontres qui se refont” entre vendeurs et acheteurs.

Prix : stabilisation, pas euphorie

Les indices montrent une stabilisation progressive, avec une France coupée en plusieurs rythmes. Au 2e trimestre 2025, les prix des logements anciens progressent sur un an de +0,3% en France métropolitaine.

Île-de-France : la reprise arrive plus tard

L’Île-de-France reste plus hésitante, avec une variation annuelle encore négative sur l’ensemble.
On y trouve aussi des écarts forts entre arrondissements, communes, et typologies.

Province : ça repart, mais pas partout

En province, les indices affichent une progression annuelle plus nette.
Mais attention au piège : une moyenne régionale masque les micro-marchés. La rue, l’école, la gare, l’état du bien, tout pèse.

Délais : deux chronos à surveiller

On confond souvent “ça se vend vite” et “ça se signe vite”. En réalité, vous avez deux chronomètres.

Le premier, c’est le temps pour trouver un acquéreur. PAP parle d’un délai moyen national autour de 90 jours, avec de fortes variations.
Dans certaines grandes villes, PAP observe des ventes autour de 50 à 69 jours.

Le second, c’est le temps entre l’accord et l’acte. Une fois le compromis signé, comptez souvent 2 à 3 mois selon les dossiers.
Ce délai dépend du financement, des pièces, des purges, et du rythme notarial.

Un bien reste visible sur les portails, même quand il “travaille” en coulisses. Les acheteurs surveillent l’ancienneté de l’annonce. Un prix trop haut dès le départ crée une étiquette “invendable”. Réagir tôt protège votre crédibilité, surtout après 30 à 45 jours sans offre.

Disparités géographiques : la France des micro-marchés

Les écarts ne suivent pas seulement une carte “Paris vs province”. Ils suivent les usages. Vous voyez des zones où la demande revient vite : centres bien desservis, villes étudiantes solides, bassins d’emploi stables. Vous voyez aussi des secteurs qui restent lents : zones où l’offre dépasse la demande, ou biens qui demandent trop de travaux.

Le baromètre LPI-iad illustre bien cette France fragmentée. Il observe des hausses dans une part importante des villes, mais pas partout, ni au même rythme.
Même la négociation raconte l’histoire : la marge moyenne atteint 8,6% en février 2025, signe d’acheteurs plus exigeants.

Côté immobilier d’entreprise, la logique change encore. Les bureaux, par exemple, réagissent à la vacance, aux usages hybrides, et à la qualité énergétique. Si vous suivez ce segment, gardez un œil sur les repères par quartier, comme les niveaux à Paris.

Le crédit aide, mais il ne fait pas tout

Le moteur de 2025, c’est le financement redevenu respirable. La Banque de France indique un taux moyen des nouveaux crédits à l’habitat autour de 3,09% en octobre 2025. Cette amélioration redonne du pouvoir d’achat, donc des visites. Pourtant, elle ne gomme pas les écarts de dossiers. Les banques trient encore. Les acheteurs solides avancent vite, les autres hésitent, renégocient, repoussent. Dans ce contexte, votre stratégie de prix et d’annonce pèse plus qu’avant.

Conseils pour annoncer : viser juste dès la mise en ligne

Votre annonce joue le rôle de filtre. Elle attire les bons profils, ou elle ramène du trafic inutile.

Fixer un prix “marché”, pas un prix “souhait”

Commencez par les ventes réelles, pas les annonces concurrentes. Le Monde rappelle l’intérêt de vérifier les prix signés via la base DVF, puis de recouper avec les notaires.
Ensuite, ajustez selon trois leviers : état, étage, extérieur, stationnement, et performance énergétique. Dans un marché où la négociation grimpe, un prix trop ambitieux finit souvent par baisser… mais plus tard, et plus bas.

Raconter le bien comme un usage

Les acheteurs achètent une journée type. Ils veulent comprendre les volumes, la lumière, le bruit, les charges, la desserte. Donnez des infos concrètes : distance à pied, exposition, rangements, hauteur sous plafond.

Prenez la première photo au bon moment, avec une vraie lumière. Ajoutez un plan simple, même refait proprement. Listez les postes de travaux, avec un ordre de grandeur. Vous transformez la curiosité en visite qualifiée.

Accepter la discussion, sans brader

Le marché adore les vendeurs “clairs”. Vous pouvez cadrer la négociation dès l’annonce, sans agressivité.

  • Annoncez ce qui justifie le prix : rénovation récente, isolation, charges maîtrisées, copropriété saine.
  • Anticipez les objections : travaux à prévoir, DPE, nuisances, stationnement, étage sans ascenseur.

Vous gardez la main, car vous fixez le terrain de jeu.

Reprise fragile, bon moment pour les vendeurs réalistes

On ne vit ni une nouvelle envolée, ni un effondrement. Le marché retrouve des volumes et de la fluidité, mais il reste inégal selon les zones.

Si vous vendez, gagnez du temps avec un prix cohérent, une annonce utile, et une transparence assumée. Si vous attendez “le retour des sommets”, vous risquez surtout d’allonger les délais. Le bon move, c’est de coller au marché réel, dès le premier jour.